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Pour une écologie positive : ma tribune dans Sud Ouest à l'occasion des journées d'été d'EELV à Pessac Bordeaux

Les écologistes politiques d'Europe Écologie- Les Verts (EELV) se réunissent à Bordeaux pour leurs Journées d'été (2). Cette manifestation s'est tenue en Aquitaine en 1996, à Sanguinet (Landes). Force nouvelle, les Verts, pilotés par Dominique Voynet, avaient réussi le tour de force de réunir sur la même estrade Lionel Jospin, Robert Hue, Charles Fiterman et Daniel Cohn- Bendit.

Si Lionel Jospin était venu chercher des idées, pour la première fois Robert Hue dénonça le « productivisme ». La suite de l'histoire, on la connaît, avec la dissolution de l'Assemblée nationale et la victoire de la Gauche plurielle.

Près de vingt ans plus tard, l'écologie politique est de nouveau à un tournant. Les gouvernants, qu'ils soient de droite ou de gauche, ne savent pas quoi en faire ! Pourtant, l'urgence écologique est flagrante et notre société va mal, est-il encore utile de le rappeler ? Mais le constat est amer, l'écologie ne s'est pas vraiment imposée, même si elle paraît indispensable et nécessaire.

Les écologistes eux-mêmes sont hésitants puisque nous avons quitté le gouvernement alors que nous pouvions être en position de faire bouger (un peu) les lignes. C'est un point de vue.

Ainsi, les enjeux actuels imposent une politique qui prend à bras-le-corps notre dépendance aux énergies fossiles, à l'agriculture productiviste ou encore la réorientation de la politique des transports.

Mais l'écologie porteuse de ces enjeux remet trop en question un certain nombre de certitudes : elle s'attaque aux lobbies, au modèle de développement ultralibéral qui épuise nos ressources jusqu'à en modifier le climat. De surcroît, par ces questionnements, l'écologie remet en cause le dogme de la croissance qui, décidément, ne revient pas… Elle interroge profondément notre mode de vie.

Notre modèle de société est basé principalement sur le mythe d'un progrès infini où le système assurantiel et les fonds publics paient l'ensemble des dégâts pendant qu'on continue à délivrer des permis de construire dans des zones à risques, par exemple. Plus que jamais il nous faut changer notre système de production en profondeur et notre façon de penser le développement économique.

Nous avons besoin d'un grand dessein collectif mais également de nous appuyer sur les innombrables initiatives citoyennes. L'exemple de la troisième révolution industrielle, proposée par Jeremy Rifkin et basée sur une révolution énergétique décentralisée avec les réseaux Internet, est une proposition ambitieuse qui fait sens. Mais elle n'est pas suffisante. Il faut donc proposer un modèle pour accompagner et démultiplier massivement et positivement des comportements (collectifs et individuels) des particuliers, des entreprises ou des organisations qui se prennent en main.

Si la réorientation de la fiscalité ou la taxation de certains usages (écotaxe) se justifie pleinement pour modifier les comportements, elle doit être dépassée par une politique de l'offre écologique, ce que j'appelle une écologie positive.

Par exemple, s'il n'est pas anormal de payer plus cher la taxe des ordures ménagères quand on jette beaucoup, il serait tout aussi logique que le coût et le bénéfice du compostage individuel des déchets soient déduits de la taxe des ordures ménagères. S'il n'est pas anormal de taxer le gazole quand on connaît sa nocivité, le covoiturage comme l'autopartage pourraient être soutenus financièrement. Le chèque vélo ou chèque piéton pourrait aussi être institué. L'industrie du recyclage et du réemploi, l'économie circulaire pourraient être exonérées de TVA pendant cinq ans. S'il paraît logique d'aider une agriculture moins polluante plutôt que l'inverse, le jardinage individuel ou collectif pourrait bénéficier d'un allégement de la taxe d'habitation et permettre ainsi la promotion d'une production locale aux bienfaits multiples. Alors que les grandes surfaces bénéficient de soutiens considérables, l'artisanat et le commerce de proximité porteurs d'emploi non délocalisable et de liens sociaux devraient bénéficier d'un soutien écologique.

Les exemples pourraient être multipliés. Il nous faut inventer un modèle positif qui encourage et incite économiquement et socialement les comportements de terrain vertueux pour engager une transition écologique et positive qui parle à chacun d'entre nous.

(1) Également président du Groupe EELV de la Communauté urbaine de Bordeaux.

(2) Du 21 au 23 août sur le campus de l'université Bordeaux 3, à Pessac.

Gérard CHAUSSET

Adjoint au Maire de Mérignac (1)