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ROXEL et AIRBUS SAFRAN au Tribunal et aussi après une nouvelle pollution au pechlorate d'ammonium, notre courrier au Préfet. Le groupe SAFRAN toujours border line! Revue de Presse

L'historique du dossier
Notre courrier au Préfet en pièce jointe

Gironde : Roxel et Airbus Safran au tribunal

 
par YANN SAINT-SERNIN 24/01/2017
À la suite d’un incendie, en 2015, sur un site classé Seveso, de la nitroglycérine s’était répandue dans la rivière. Après une longue série d’incidents. Les sociétés sont poursuivies pour pollution.
ASaint-Médard-en-Jalles, en banlieue bordelaise, le feu avait pris dans un entrepôt sur une plate-forme pyrotechnique partagée par Roxel et Herakles (devenu depuis Airbus Safran Launchers) dans la nuit du 5 au 6 juillet 2015. Le bâtiment où opère la société Roxel (une filiale de Safran), qui fabrique des moteurs de missiles et de roquettes, contenait 46 tonnes de galettes imprégnées de nitroglycérine. En toute logique, les pompiers ont employé les grands moyens pour sécuriser le site. En tout, 1 300 mètres cubes d’eau ont été pulvérisés sur les galettes cette nuit-là.

Trois puits fermés
Sauf qu’ensuite l’eau chargée de nitroglycérine s’est répandue via le réseau pluvial. Les deux sociétés n’ayant pas prévu de bassin de rétention, tout s’est écoulé dans la Jalle voisine. C’est ce qui vaut aux deux sociétés d’être renvoyées devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour pollution.
Car selon l’analyse du parquet de Bordeaux, qui a diligenté l’enquête préliminaire, le site classé Seveso « seuil haut » aurait dû se prémunir contre ce type d’événement. Du reste, sur quelques centaines de mètres, les poissons situés en aval du point de rejet où l’infusion contenant 123 milligrammes d’explosif par litre s’est écoulée n’ont vraisemblablement pas résisté à ce choc chimique.
Par ailleurs, la Jalle communique avec des captages d’alimentation en eau potable de Bordeaux. Trois d’entre eux, représentant 10 % des ressources de la métropole, ont dû être fermés pendant un mois…

Des eaux au perchlorate
Seuls ces faits ont pour l’heure donné lieu à des poursuites pénales. Mais le tribut payé par la Jalle, cette petite rivière dont le bassin-versant alimente une grande partie des captages en eau potable de Bordeaux, ne commence pas avec la nitroglycérine. En janvier 2015, ce sont 6,5 kg de perchlorate d’ammonium qui se sont échappés dans le cours d’eau. Ce produit issu de la production du propergol (carburant pour les fusées) pourrait notamment avoir des effets sur la production d’hormones par la thyroïde. C’est une inspection de la Dreal qui a découvert l’incident en avril 2015. Roxel a confirmé les faits, indiquant qu’ils étaient dus à des travaux effectués par Herakles sur des canalisations souterraines. Personne ne les ayant signalés lorsqu’ils se sont produits, aucune étude d’impact à court terme n’a pu être effectuée. Et celle à long terme, réalisée à la suite de l’inspection, n’a pas révélé de dommages.
En 2011, une première alerte d’envergure avait été lancée, toujours à cause du perchlorate d’ammonium. Les études avaient révélé une contamination massive des eaux souterraines et de la Jalle par ce produit utilisé depuis des décennies sur ce site (qui abritait autrefois la Poudrerie de Saint-Médard-en-Jalles) et qui ne faisait alors l’objet d’aucune réglementation en France. Depuis, 25 % des captages en eau potable de la métropole ont dû être fermés…
« La Métropole avait porté plainte pour ces faits. Il est exact que, depuis quelques années, l’exploitant a déployé des efforts pour limiter les rejets de perchlorate. Mais la charge de la dépollution pèse aussi sur la collectivité, qui n’a pour l’instant pas été indemnisée. Cela se chiffre en millions. Et d’autres incidents ont eu lieu. Le dernier remonte au 22 septembre dernier, où 1,6 kg de perchlorate a encore été déversé. Encore une fois, la Métropole a été informée avec retard. C’est particulièrement inquiétant vu la sensibilité du site et sa connexion avec les nappes souterraines », indique Gérard Chausset, conseiller EELV de Mérignac à la Métropole.
« Cela fait des années que l’on voit passer des PV, des mises en demeure ou des rapports sur cette installation. On ne peut que se féliciter que le parquet ait pris la mesure de la gravité de la situation », glissent Mes François Ruffié et Isabelle Vergnoux, avocats de la Sepanso, qui est à l’origine de la plainte qui a donné lieu à des poursuites.
La goutte de nitroglycérine a-t-elle fait déborder le vase de perchlorate ?
Contactés, Roxel et Airbus Safran Launchers n’ont pas souhaité s’exprimer avant l’audience.
 
Notre courrier au Préfet
 
                                                                                                                    Bordeaux, le 16 janvier 2017
 
Objet : Nouvel incident perchlorate d'ammonium
 
            Monsieur le Préfet,
 
Un nouvel incident s’est déroulé le 22 Décembre sur le site de SAFRAN à Saint Médard en Jalles avec pour conséquence une pollution au perchlorate d’ammonium dans les eaux de la Jalle. A priori, 1,6 kilo de ce produit s’est répandu dans le milieu naturel. C’est le quatrième incident de ce type en 2016.
Une fois de plus, c’est avec retard que l’exploitant a informé les autorités et notamment Bordeaux Métropole, retardant des actions de prévention comme l’arrêt des captages d’eau potable en attendant la dilution de la pollution. Si, sur un site industriel de cette ampleur, les incidents sont toujours possibles, on ne peut que s’étonner de la défaillance de l’exploitant et de son système d’alerte qui témoigne de sa négligence en la matière.
Après la pollution historique et les accidents survenus ces dernières années, notamment en 2015, ce nouvel incident met en lumière une fois de plus la dangerosité du site. Même si l’incident est considéré comme mineur par les services de la DREAL, nous sommes étonnés du manque de considération pour l’environnement et le milieu naturel, mais également pour les exploitants agricoles, les citoyens et les collectivités, auxquelles ce groupe industriel n’hésite pas à solliciter des subventions pour ses investissements.
Nous vous rappelons que plusieurs préjudices écologiques liés à des rejets toxiques font l’effet de poursuites judiciaires. Des rejets de perchlorate d’ammonium dans le milieu naturel constatés en 2011 puis 2014 font l’objet d’une instruction auprès de la justice. Au mois de juin 2015, un hangar entreposant des galettes de nitrocellulose a pris feu, engendrant le rejet des eaux d’extinction de l’incendie contenant de la nitroglycérine dans la Jalle.
 
En conséquence, Monsieur le Préfet, nous vous demandons de faire toute la lumière sur ce nouvel incident. Nous vous demandons également de prendre un arrêté suspendant tous les rejets de perchlorate d’ammonium dans le milieu naturel en attendant de mettre en œuvre un procédé sécurisé permettant de  protéger les captages d’eau potable de façon permanente, les conditions techniques existent. En effet, si aujourd’hui nous sommes face à des incidents dont l’ampleur est maîtrisée, la dangerosité du site n’exclut pas des accidents plus graves. La collectivité est privée d’une partie de son patrimoine, notamment le captage de Gamarde, en raison de ces préjudices.
A l’heure où des projets de développement de l’agriculture péri-urbaine sont en cours, au moment où une véritable mobilisation émerge pour préserver le milieu naturel et la biodiversité sur le territoire des Jalles, il nous parait légitime qu’un tel établissement soit irréprochable dans la gestion environnementale de ses procédés industriels. Il vous appartient, Monsieur le Préfet, de prendre toutes les décisions préventives et nécessaires afin d'éviter que ces incidents se reproduisent.
 
            Veuillez croire, Monsieur le Préfet, en l’assurance de mon profond respect,
 
 
 
Gérard CHAUSSET
Président du Groupe Europe Ecologie
Les Verts de Bordeaux Métropole
Adjoint au Maire de Mérignac