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Quel développement pour l'aéroport de Bordeaux Mérignac

Ma déclaration à Sud-Ouest
 
Dans son édition du 23 mai, le journal Sud-Ouest est revenu sur le dossier de l’aéroport et de son développement. Suite aux annonces de la direction de l’aéroport en Avril et du courrier que j’ai écrit au Préfet et au Président de Bordeaux Métropole.
J'ai suggéré au Président de la Métropole d'inviter le Directeur de l'aéroport pour l'auditionné lors de la Commission Transports, car au-delà du développement en soi, un certain nombre d'élus ont des questions à lui poser.
D'une manière général, au-delà de la problématique de la croissance, l'aéroport est peu réceptif aux problématiques environnementales dès que cela coûte un peu plus cher. Les exemples sont multiples.
 
Mais la direction de l'aéroport n'est pas l'unique responsable  de la situation. Le conseil de surveillance est là pour décider et orienter mais il ne joue pas suffisamment ce rôle. C'est un cénacle où notamment les élus qui y siègent depuis des années accompagnent sans barguigner  la croissance de l'aéroport et le sacro-saint développement économique où l'aéronautique civile et militaire est un des fers de lance sans se poser les questions de l'impact de son développement et des nuisances. Aujourd'hui la croissance est programmée sans aucune étude d'impact. Ce conseil de surveillance n’a pas le recul nécessaire pour redéfinir et fixer l'intérêt général de cette activité, il faut plus de diversité dans sa composition.
 
Je ne remets pas en cause l'aéroport en soi qui est utile et est un bien public mais on doit se poser des questions, quel développement, jusqu' où, à quel prix?  Je m'interroge sur le rôle de l’État également, qui ne peut se comporter uniquement en développeur à sens unique mais doit être aussi garant de l'intérêt général qui n'est pas égal à la seule croissance de l’aéroport.
 
Il y a quelques années nous nous sommes opposés à la privatisation de l'aéroport, en définitive, le résultat est le même.
 
Il faut sortir du mythe de l'aéronautique et du caractère d'exception qui y est attaché dont bénéficie l'aéroport afin que cette activité réponde comme les autres aux mêmes exigences.
 
Si on avait les mêmes exigences sur le plan environnemental que sur le plan de la sécurité, on ferait un grand pas.
 
Gérard CHAUSSET
 
Article du Journal Sud Ouest
Croissance de l’aéroport de Bordeaux : des inquiétudes sur le bruit
A La Une Bordeaux
Publié le 23/05/2019 à 8h27. Mis à jour à 8h39 par Stella Dubourg.
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En 2018, il y a eu 80 000 mouvements d’avions.
Face à la croissance de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, des élus s’inquiètent de l’explosion du trafic et des nuisances générées.
L’aéroport de Bordeaux-Mérignac a enregistré une nouvelle hausse d’activité de 10 % au premier trimestre 2019 confirmant ainsi la tendance de ces dernières années. Forte de l’explosion du trafic low-cost, la plate-forme aéroportuaire a en effet affiché des croissances annuelles à deux chiffres et nombreux sont ceux qui se réjouissent de ce développement économique et de cette attractivité.
Se sentant pousser des ailes et au regard des prévisions qui tablent sur 10 millions de passagers à l’horizon 2023, la société aéroportuaire (ADBM) a même décidé de se lancer dans un vaste plan d’investissement sur cinq ans moyennant une enveloppe de 140 millions d’euros (construction d’un terminal de jonction et d’une jetée internationale, extension du terminal Billi, modernisation des équipements de contrôle…).
« La folie des grandeurs » ?
Reste qu’aujourd’hui, cette course au développement suscite des interrogations et des inquiétudes du côté des élus locaux au premier rang desquels Gérard Chausset qui n’hésite pas à parler de « folie des grandeurs » de l’aéroport.
Le 4 avril, l’élu (LREM) a écrit au préfet pour qu’il stoppe les projets d’extension de l’aéroport avec la mise en œuvre d’études préalables et d’un débat. Lors du dernier conseil de Bordeaux Métropole et après de longs échanges sur le sujet, l’élu a aussi demandé au président de la Métropole d’inviter le directeur de l’aéroport afin qu’il explique devant la commission transports le plan de développement aéroportuaire. Ce qu’a fait Patrick Bobet dans la foulée.
« J’ai donné mon accord de principe », répond Pascal Personne qui s’étonne de devoir rendre des comptes de la sorte. « L’aéroport ne décide pas seul dans son coin. Je rappelle que les collectivités locales sont membres du conseil de surveillance d’ADBM et que tous les sujets de développement de l’aéroport et de ses infrastructures ont été débattus en toute transparence en conseil. En octobre 2018, nous avons également organisé une réunion de présentation du plan global de l’aéroport à moyen et à long terme avec les collectivités et à l’époque, il n’y avait pas eu de réactions. »
Jusqu’à présent siégeaient au conseil de surveillance Marie Récalde pour la Ville de Mérignac, Maribel Bernard pour celle de Bordeaux, Virginie Calmels pour la Métropole et Christine Bost en sa qualité de conseillère départementale. « Le conseil de surveillance est un cénacle où les élus qui y siègent depuis des années accompagnent sans barguigner la croissance de l’aéroport sans se poser les questions de l’impact de son développement et des nuisances. Ce conseil de surveillance n’a pas le recul nécessaire pour redéfinir et fixer l’intérêt général de cette activité, il faut plus de diversité dans sa composition », assure Gérard Chausset.
100 000 mouvements en 2023
Si sur la diversité, l’élu n’a pas été entendu, il y aura tout de même quelques changements au sein de l’instance. En effet, lors du prochain conseil de surveillance, Nicolas Florian, le maire de Bordeaux, remplacera Maribel Bernard, et Patrick Bobet, le président de la Métropole, fera son entrée à la place de Virginie Calmels. Il leur reviendra donc à l’avenir de faire remonter les inquiétudes des élus et notamment des maires des communes qui subissent le plus de nuisances sonores.
"Nous ne cherchons pas le volume pour le volume ni à développer le trafic tous azimuts"
Ces derniers s’inquiètent de voir le nombre d’avions doubler ou tripler dans les prochaines années compte tenu du développement attendu de l’aéroport. « Nous ne cherchons pas le volume pour le volume ni à développer le trafic tous azimuts. Notre objectif, c’est d’améliorer la mobilité aérienne et d’enrichir le réseau. Et il faut savoir que la plupart des ouvertures de lignes sont pérennes grâce à une bonne réponse du marché et à un bon équilibre import/export », insiste Pascal Personne.
Selon lui, il n’est pas question de doubler ou de tripler le nombre d’avions dans les cinq ans à venir. « En 2018, nous avons enregistré 80 000 mouvements commerciaux et non commerciaux, ce qui donne en moyenne, et sur 17 heures, 1,07 avion toutes les 5 minutes. Nos projections pour 2023 avec près de 10 millions de passagers tablent sur 100 000 mouvements, soit 1,37 avion toutes les 5 minutes », détaille le directeur de l’aéroport. « Ces dernières années, nous sommes sur une hausse de 4 % des mouvements pour une croissance autour de 10 %, ce qui est possible parce que les compagnies se développent sur des avions plus capacitaires. »
Pas de quoi rassurer tous les élus, comme Christine Bost, la maire PS d’Eysines.
Les moyennes, ça ne veut rien dire. Ce qui est parlant, c’est la réalité des gens qui vivent sous les couloirs aériens. Car aujourd’hui, certains jours de l’année, en été ou durant les vacances, c’est un avion toutes les 3 minutes qui passe au-dessus de nos têtes."
« Soyons clairs, je ne veux pas que l’aéroport ferme ou soit délocalisé et je ne nie pas son intérêt économique mais il faut aujourd’hui se poser la question de demain avec des projections à 10 millions en 2023 et à 20 millions en 2037. Jusqu’ou va-t-on aller ? », poursuit l’élue qui entend demander à la Métropole de conduire une étude précise sur les nuisances sonores et la pollution atmosphérique générées par l’aéroport.
« Nous sommes conscients qu’un aéroport fait du bruit et a des impacts. C’est pourquoi nous nous engageons dans des démarches volontaristes pour réduire les nuisances avec notamment un dispositif d’aide financière pour insonoriser les logements des riverains (5,7 millions d’euros de travaux depuis 2004) », rétorque Pascal Personne.
Les riverains opposés à la hausse du trafic
Jean-Claude Godain, président de l’Association eysino-haillanaise de défense contre les nuisances de l’aéroport (AEHDCNA) se bat depuis 2001 contre l’accroissement du trafic aérien. « Quand j’ai fait construire au Haillan en 1980, il y avait 30 000 mouvements d’avions par an. Il y en a aujourd’hui 80 000 et on nous parle d’un doublement du trafic d’ici à dix ans. Jusqu’où va-t-on aller ? »
Jean-Claude Godain et Dominique Cazeaux.
 
Un autre adhérent, Dominique Cazaux, domicilié à Eysines, évoque « un harcèlement de pics de bruit. Il y a un degré d’acceptation avec un seuil critique qui dépend de chacun et non pas de mesures scientifiques. Au-delà, cela devient insupportable et on bascule dans le stress à chaque passage d’avion. »
D’ailleurs, Dominique Cazeaux et son épouse, qui sont sur la ligne de décollage depuis 1982 comptent déménager. « Cela devient intenable », souligne-t-il. Le vol d’essai des Rafale n’a pas arrangé la situation. « L’aéroport refuse de nous donner des mesures car ce sont des avions militaires, mais avec le sonomètre de l’association, nous avons enregistré jusqu’à 105 décibels, alors que le seuil de danger pour l’oreille humaine est à 85 décibels. »
Autre grief, la décision de l’aéroport de mettre de côté, voire d’abandonner la piste 11–29 (Pessac-Martignas) au profit de la 5–23 (Le Haillan-Eysines). « Nous sommes obligés d’accepter une part de nuisances, mais nous voulons qu’elles soient partagées », commente Jean-Claude Godain. « Étrangement, ajoute-t-il, les breaks des Rafale se font à droite, évitant ainsi la zone de Mérignac au détriment du Haillan, alors que je suis un ancien de l’armée de l’air et les breaks se sont toujours faits à gauche. » Le président et ses 150 adhérents (et autant de sympathisants) militent également pour obtenir un élargissement de la zone du Plan de gêne sonore (PGS). « Cela permettrait à ceux qui n’en ont pas les moyens d’obtenir des aides pour isoler leurs habitations. »
Distribution de tracts
L’association veut aussi mettre en avant « la pollution provoquée par cet accroissement du trafic. La gêne sonore n’est finalement que le pic de l’iceberg ».
Pour exprimer sa colère, l’AEHDCNA va distribuer des tracts la semaine prochaine au rond-point de Dassault. L’association estime que, rien que pour Eysines et Le Haillan, 30 000 personnes sont directement impactées par les nuisances sonores de l’aéroport. « Il faut poser des limites, assure Dominique Cazeaux, sinon c’est le far west, la ruée vers l’or… »
Jean-Michel Le Blanc