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Les trottinettes : un développement à contrôler

 

Un article de Sud Ouest sur le développemetn des trottinettes

 

L’essor des trottinettes électriques en ville pose des problèmes de cohabitation dans l’espace public. Leur pratique devrait être encadrée dans la future loi sur les mobilités. Deux experts nous répondent.

Lucas Bornert, manager général France de Voi : "Il est important que ceux qui ne respectent pas les règles soient sanctionnés"


Lucas Bornert
Lucas Bornert

Ces trottinettes sont un nouveau moyen de transport, rapide, facile d’utilisation et très respectueux de l’environnement. D’ailleurs, dans les villes, elles ont eu un fort taux d’adoption, davantage que les vélos en libre-service, qui demandent plus d’effort physique, ce qui ne correspond pas à tout le monde. Pour améliorer le système, nous allons introduire dans l’été un nouveau modèle de trottinettes ayant une durée de vie d’au moins un an. En outre, nous nous attelons aussi à mettre en place des outils pour inciter nos clients à utiliser des zones de stationnement dédiées, quand elles existent. À Paris, nous en avons implanté 4 000, soit trois fois plus que le nombre de stations de Vélib’. À Bordeaux, quelques stations sont installées aussi, même si malheureusement, il n’y en a pas encore assez.

Le système d’incitation est simple. Concrètement, via notre application, l’utilisateur identifie les lieux de stationnement et à chaque fois qu’il est garé de façon adéquate (photo à l’appui), il reçoit un crédit sur le montant de sa course. À Aarhus, au Danemark, ce système de bonus a atteint une efficacité de 80 %. Nous comptons le développer à Bordeaux. Mais, il est impossible d’être derrière chacun. À vélo ou en scooter aussi, certains s’affranchissent des règles du code de la route. Nous n’avons pas de pouvoir de police et il est important que ceux qui ne respectent pas les règles soient sanctionnés.

Quant à l’accidentologie, elle est à relativiser. C’est un nouveau moyen de transport et aujourd’hui il n’y a pas de statistiques officielles. Une étude américaine a montré qu’un usager réalisant quatre courses par jour – ce qui est énorme – aurait en moyenne un accident tous les trois ans et demi. Et, il ressortirait des urgences le jour même.

Gérard Chausset, président de la commission transport de Bordeaux Métropole : "C’est le monde de l’hYper-individualisme"


Gérard Chausset
Gérard Chausset

Crédit photo : Archives "Sud Ouest"

Je suis réservé sur la trottinette en libre-service, qui semble attractive, mais a, dans les faits, des impacts dommageables. Elle n’est pas si écologique que cela, car son taux de remplacement est élevé. La durée de vie d’une trottinette en libre-service dépasse rarement deux mois. Et, c’est le monde de l’hyper-individualisme. Certains les laissent n’importe où sur le trottoir, ce qui peut gêner des personnes à mobilité réduite, des non-voyants, des parents avec des poussettes… Il y a aussi un vide juridique sur la trottinette électrique, qui n’est pas encore considérée de ce point de vue et pose problème. Cela va changer dans la future loi sur les mobilités. Elle devrait être obligée de rouler sur les pistes cyclables et interdite sur les trottoirs. Son usager pourra être verbalisé s’il y contrevient. Il est important d’encadrer cette nouvelle pratique. J’aurais préféré qu’on aille plus vite. Bordeaux Métropole a déjà décidé de mettre en place des zones de stationnement pour éviter l’anarchie.

Ensuite, il faut faire appel au sens de la responsabilité des entreprises pour obliger leurs clients à poser correctement la trottinette dans l’espace public. Si ces conditions sont mises en place, c’est acceptable. Je suis favorable à un modèle Vcub, où l’usager vient accrocher et décrocher l’objet. Par ailleurs, il faudrait que ce nouveau mode de transport soit intégré à une délégation de service public. Concernant l’accidentologie, j’espère que le projet de loi visant à limiter la vitesse des trottinettes à 20 km/h au lieu de 25 km/h aujourd’hui permettra de diminuer l’accidentologie. La difficulté est qu’il s’agit d’un véhicule très léger et son usager est peu visible, à moins de porter un gilet.